vendredi 30 septembre 2016

Ça Turbine au pays de la Sardine ...

Trois petits tours, trois petits jours sur Hoedic et même si la fatigue de cette dernière traversée n'est pas complétement oubliée, nous pouvons faire route vers la Turballe.

L'équipe d'accueil est super sympathique et nous trouvons une petite place pour caser Jingle sans trop gêner l'entrée au port. Sébastien de Atlantique Gréement, avec qui nous étions déjà en contact, passe nous voir et nous file des tuyaux sur les différents professionnels locaux pour les différents travaux que nous avons à réaliser. Car nous sommes ici pour travailler sur le bateau :

- Remplacement global du gréement, nous en profiterons pour démonter/contrôler/refixer les platines de fixations de poutre et galhaubans.
- Remplacement des 2 ensembles moteur/saildrive, nous en profiterons pour ré-aménager et repeindre les cales moteurs.
- Remplacement des Plexiglas de carré et de coque. Nous en profiterons pour y insérer des hublots ouvrants.
- Remplacement du trampoline, nous en profiterons pour modifier le type de maille de celui-ci.
- Remplacement de la sellerie intérieure et de notre matelas de lit (il à 8 ans, il est temps!)
- Installation d'une buanderie avec lave-linge
- Remplacement des joints d'étanchéité de salles de bains
- Remplacement de la robinetterie, miroirs, luminaires...
- Modification et création de placards de stockage et rangement
- Création d'un "espace atelier" avec établi
- Révision unité de puissance du pilote, éolienne et moteur hors-bord de l'annexe...

Habitué aux chalutiers de 200 tonnes, nos 12 tonnes sont légères ...
Nous n'en sommes encore qu'a prendre des rdv avec divers professionnels qu'une vedette des douanes arrive dans le port... Ces messieurs viennent nous voir et contrôlent les papiers du bateau, qui est immatriculé en Martinique (France):

- Vous importez le bateau ? 
- Non, nous sommes de passage en métropole pour réaliser des travaux.
- Peut-être ... mais les douanes considèrent cela comme une importation, vous devez payer la différence de TVA entre la Martinique et la France, soit 10% de la valeur du bateau ... (gloups)
- Nous ne restons que 3 mois, cela doit être considéré comme une "importation temporaire" ?
- Oui, mais dans ce cas vous auriez du faire une demande "avant" de partir de Martinique. Celle-ci n'étant pas faite, vous êtes redevable d'une amende.
- De combien ?
- De 10% de la valeur du bateau ... 

Le piège s'est refermé ...



Cela fait à peine une journée que nous sommes dans un port de France, et en guise d'accueil, nous nous heurtons à la compréhension légendaire des douaniers, très au dessus du panier du reste des fonctionnaires inutiles (car certains sont indispensables) ... Le lendemain, nous passerons 5 heures dans leur bureau sur la vedette à comprendre, puis abandonner devant un mur d'ouverture d'esprit et de compréhension. Nous l'apprendrons plus tard, la loi n'est pas aussi rigide que cela et un "retard" de déclaration peut tout à fait se rattraper, cela dépend de l'humeur et du niveau d'humanité de la personne que l'on à en face de soi...

Lulu, la grue nantaise, en action ...
Bon, c'est pas le tout mais on a du boulot, faut que ça turbine !
Primo sortir le bateau de l'eau, l'élévateur de 340 tonnes s'en chargera sans aucune difficultés.
Puis commencera la valse de voiture de loc à aller chercher, des échelles à emprunter, du démontage du mat, de la poutre, du pilote, de l'éolienne, des moteurs in-board/hors-bord, décapage, découpage, découvertes, déconvenues déconcertantes et solutions à trouver...

La cale biaise ...

Entres autres nous découvrons, par voie officieuse mais sérieuse, que Fountaine-Pajot s'est trompé dans certaines longueur de haubans/étai et que l'usure prématurée de notre mat en est le résultat direct. De plus notre embase de mat n'est assez inclinée pour obtenir la quête de mat nécessaire. L'ensemble sera réglé, après quelques jours de recherche, de documentation et d'imagination, en coupant le pied de mat de 7cm afin d'ôter la partie devenue dentelle, puis de compenser la partie manquante par une cale biaise reprenant l'angle qu'on aurait du avoir au départ. Du temps, du calcul, du dessin mais la solution sera très acceptable au final.

Résultat satisfaisant
Nous allons galéré sévèrement lors du démontage de nos plexi. En effet, ceux-ci ont été collés avec une "colle" qui laisse perplexe les professionnels confrontés au problème. C'est un mécanicien qui nous trouvera l'hypothèse la plus probable: c'est de la colle de pare-brise de voiture bon marché (bravo Fountaine-Pajot encore) qui aurait été utilisée. C'est sans doute pour cela que cette colle ne résistait pas aux UV de la Caraïbe, séchait, coulait, salissait le pont mais n'était plus étanche. Nous avions quand même du faire un joint temporaire au silicone autour de tous les hublots avant notre traversée. Huit heures à deux personnes nous auront été nécessaire pour démonter "un" hublot ... Une semaine complète à ne faire que ça, plus 2 heures d'ostéopathe, seront donc nécessaires à cette tâche, puis nettoyage des zones de joint, ponçage, décapage... Étrangement, la pose des nouveaux vitrages ne prendra qu'une journée ...



Les vitrages sont enlevés, maintenant faut préparer la venue des nouveaux ...


Le choix du lave-linge en fonction des programmes basse-conso et surtout en fonction de sa
géométrie fait, nous pouvons faire courir du câblage 220v à travers tout le bateau, prévoir une alimentation à température contrôlée et une évacuation. Puis construire un châssis et des attaches solides, imaginer quelques étagères à lessive et autres produits sanitaires et rendre le tout à peu près joli. La mise en place du lave-linge par lui même fut court car bien mené mais assez épique avec l'un dedans à pousser, tirer, jurer sur la machine suspendue à la drisse de GV qui passait par un hublot de pont et l'autre dehors au winch à déterminer si les cris entendus étaient "monte", "descend" ou simplement un vocable Hadockéen... Elle est en place, et nous l'avons regardé tourner le soir comme hypnotisés devant un écran télé ...

Les semaines passent, les aller-retour au Brico du coin se multiplient, les prises de côtes, les crobards et découpes se poursuivent et ne sont interrompus qu'avec nos proches qui viennent nous encourager et nous extirper un temps de notre labeur pour aller manger quelques sardines. Car la Turballe est un grand port de pêche, le 7ème du nom en France tout de même. Nous vivons au milieu des chalutiers, certains très proches de nous car au chantier comme nous pour maintenance annuelle ou pas très loin dans le port qui est à deux pas et qui, 24h/24 et 7 jours sur 7, remplissent leurs cales de glace, partent plusieurs jour à la recherche de, suivant la saison et le type de bateau, anchois, sardines, thons... De là où nous sommes nous pouvons les voir débarquer le produit de leur pêche, dérouler les chaluts à terre pour réparation, démonter des hélices grandes comme un homme, tronçonner des éléments tordus dans les manoeuvres de pêche, souder, peindre ... On en a appris beaucoup à notre grand bonheur.

Plus de mat, de poutre, de martingale, de trampoline, de hublot, de moteurs ...

Va falloir faire quelque-chose pour la déco ...


Puis nous commencerons à remonter des choses sur le bateau, gréement, hublots, sellerie intérieure, cordages, électronique, etc ... Jingle recommence à avoir l'air d'un bateau. L'appel de l'eau se fait sentir.
Une petite peste de panne électrique aléatoire, qui nous a cramé 3 boîtiers électronique de moteur, nous a fait suer une bonne semaine et a encore retardé notre départ de la Turballe.

Nous y sommes restés presque 3 mois, l'atmosphère et l'ambiance nous ont plu. On reviendra ...

Trampoline en PVC soudé ...

Nouveaux coloris d'intérieur ...
Après destruction des anciens aménagements                                      Après reconstruction

Bâbord: pendant le démontage de l'existant                   -                     Après reconstruction ...

Sardines, patate au four, muscadet ... Une trilogie du bonheur simple qui fonctionne ...

Nos couchers de soleil pendant près de 3 mois ...

lundi 20 juin 2016

Açores-Bretagne, tout ce que vous ne voulez pas savoir ...

La météo n'est pas formidable, mais il faut quand même penser à partir ...

Les fenêtres météo se font rares, c'en est même devenu le sujet de discussion principal sur les pontons. En effet, l'instabilité due aux basses pressions rend difficile les prévisions.

Les Açores ...
Puis, nous entrevoyons, une possibilité avec une période de 4 jours de grand largue nous faisant faire une route nord-nord/ouest suivie d'un flux de nord-est nous faisant, après un empannage, faire une route directe sur 5 à 6 jours vers la Bretagne, 1300 milles devant.

Nous sommes aux environs de midi quand, formalités faites, nous appareillons. Le brouillard est dense et nous espérions qu'il se serait levé, mais cela fait 2 jours que nous sommes dans la purée de pois, alors pourquoi pas aujourd'hui aussi ... Donc, nous n'avons rien vu des Açores de loin en arrivant, c'en sera de même en repartant. Une seule éclaircie nous montrera fugassement un morceau de côte ... Un premier grain à 30 noeuds nous fera capeler gilets et cirés dans la première heure, c'est clair, nous sommes partis !

Nous naviguerons ainsi 3 jours dans le brouillard. C'est un peu oppressant au début, puis finalement nous nous habituons à cette navigation "IFR" – Instruments Flying Rules adoptées par l'aviation – grace à notre électronique de surveillance. Nous n'allons pas bien vite, nous sommes à la limite du grand largue/vent arrière. On enverrait bien le spi mais nous n'apercevons notre tête de mat qu'avec difficulté, nous doutons donc que cette grande surface blanche et frivole de 130m2 soit facile à surveiller...et nous finissons par nous complaire dans cette lenteur agréable...

Plus nous avançons, plus ce "flux" de nord se densifie et devient préocuppant. En effet, les barbules des fichiers grib se ressèrent et se recourbent, une dépression est en train de naître en nord-Irlande. L'anticyclone situé à la hauteur du Portugal ne fera pas tripette face à ce qui est en train de se former... Mince, on va se prendre une branlée...



Nous empannerons alors que les vents sont encore maniables et faire ainsi une route plus nord. Cela nous rallonge, mais nous n'en sommes pas là. Le but est de pouvoir encaisser ce qui est maintenant devenu une dépresson assez "serrée", elle ne devrait pas durer plus de quelques jours mais nous sommes sur son chemin et il vaut mieux se reserver de la marge pour pouvoir abattre (incliner notre route) quand elle nous tombera dessus. Décidemment pas de bol, comme avant les Açores, on se prépare à la guerre. On sangle, on sécurise, on vérifie le matériel de sécurité... Sandrine cuisine des trucs facile à ingurgiter... Puis on attend, puis le vent tourne et se lève...

La mer est désordonnée et difficile. Elle grossit d'heure en heure, les vents atteindront 30 noeuds. La lame est haute mais courte. Jingle ne sent pas à l'aise dans ce chaos et à du mal à trouver ses marques dans cette mer hachée. Nous affinons les réglages afin de trouver le bon angle d'attaque. Le temps continue à grossir lentement, ce sera 40 noeuds le lendemain avec une mer qui doit être dans les 7m. Les départs en surfs se multiplient, la mer est toujours courte et pour la première fois Jingle enfourne de l'étrave tribord, nous sommes à 18 noeuds. Les étraves, à l'intérieur, sont remplies de mousse d'insubmersibilité pour moitié, le resultat est un effet "bouchon" rassurant lorsque celles-ci sont submergées. Nous changeons les réglages du pilote pour le faire lofer de plusieurs degrés afin de ne plus "planter" dans la vague de devant.

L'ambiance à bord est irréelle et hors du temps. Nous surveillons la mer et le vent, nous mangeons de la soupe, du pain et du jambon et nous essayons de trouver du repos. Nous vivons en tenue de quart nuit et jour et dormons dans le carré.
La vitesse du bateau est telle que la force de l'eau sur les hélices fait tourner les moteurs, nous devons couper le contact régulièrement.

23,8 noeuds enregistrés ...
C'est le jour suivant que nous aurons le droit au maxi avec 47 noeuds de vent, les corps sont maintenant habitués, le mental est verrouillé, le bateau – 3 ris/tourmentin – est prêt, nous sommes prêts. Etrangement, ça passe mieux car les vagues, bien qu'elles aient encore grandit un peu, sont plus longues. Nous faisons de longs, très longs, très très longs surfs ... Nous étions régulièrement à 17/18 noeuds, maintenant nous sommes à 20/22 noeuds... Nous enregistrerons même une pointe à près de 24 noeuds. Nos sens sont en alerte, bien sur, mais le bateau se comporte aussi bien que lors de la tempête tropicale aux Bahamas que nous avions essuyée quelques années auparavant. Il est stable, serein et conserve sa route. Soupe, pain, jambon, dodo...

Puis toutes les bonnes choses ont une fin (...), au 4ème jour de baston, les vents ont commencés à baisser. Les vents se stabiliseront le soir à 25 noeuds, nous renvoyons de la toile pour bien glisser sur la vague qui est encore grosse. Et là, c'est bien, le vent est fort mais pas trop, on continue à surfer sur la mer qui est orientée pile dans l'axe de notre destination, on avance vite mais c'est plus "calme". On peut commencer à se détendre, enlever nos tenues de pingouins et nos bottes, dormir dans un vrai lit et on ira même jusqu'à s'offrir une douche, rendez vous compte...

Le passage du rail ... Nous sommes au milieu des cercles rouges ...


Les jours qui suivront vont diminuer d'intensité progressivement mais nous resterons à bonne allure. Nous croiserons à la perpendiculaire le rail de cargos Ouessant/La Corogne, là encore merci l'électronique qui nous à permis de traverser cette avalanche de tonnes de ferraille sereinement. Ensuite, la route sur les îles bretonnes sera directe.


Nous arriverons de nuit. Hoedic qui était notre premier choix d'atterissage laissera la place aux Grands Sables de Belle-Île, plus simple d'accès de nuit. Puis nous rejoindrons notre belle petite île de Hoedic. Pour finir cette traversée avec panache, lors de l'approche du mouillage, juste après les zig et les zag entre les cailloux, la barre à roue s'est retrouvée toute molle et sans vie dans mes mains, la drosse venait de casser ... A peine arrivés, il à fallut démonter quelques cloisons, pour accéder aux poulies de renvoi de drosse et réaliser une réparation de fortune. Enfin, détente ... Le port de la Turballe où nous allons sortir le bateau ne pourra nous recevoir que dans quelques jours, cela tombe très bien, nous allons pouvoir revenir à une vie "terrestre" progressivement... Commençons par aller boire un verre à "la Trinquette" ...

Hoedic ...



mardi 7 juin 2016

Jingle, en quelques coups de pinceau !

Vous ne pouvez raisonnablement pas dire que vous êtes passé à Horta sans y avoir laissé votre empreinte, votre blason, votre oeuvre qui témoignera de votre escale...

Tradition qui remonte à plus loin que les mémoires, les quais, les trottoirs, les murets, chaque recoin de pierre ou de béton, les bancs ... sont recouverts d'une "oeuvre" peinte par les équipages des bateaux de passage dans ce lieu situé sur la route retour des alizés.

La météo, nous à offert l'opportunité de nous soumettre à cette tradition. Tâche que nous avons remplie avec autant de sérieux que de plaisir ...

1 - Trouver un endroit vierge et disponible
2 - Le gratter, brosser, nettoyer
3 - Passer une couche de "base", en blanc pour nous.















4 - Dessiner/Tracer au crayon ...
















5 - Coups de pinceau en noir


 6 - Coups de pinceau en orange



7 - Coups de pinceau en gris


8 - Et voila ...




lundi 6 juin 2016

Horta, du vent, du vin, des copains...

Nous sommes le long de la digue qui protège le port
Nous resterons à faire le pendule au bout de notre chaine d'ancre pendant 2 jours sans aller à terre. Nous sommes "à l'abri" derrière le mont de Guia, il freine un peu les vents dominants mais cela engendre des turbulences et des sautes de vent impressionnantes. Deux jours pendant lesquels nous essuierons des vents entre 40 et 50 noeuds, il fait froid, nous ne quittons plus nos ensembles polaire. Le soir nous ne les enlevons que sous la couette... 
Le coeur de la depression monte vers le nord, les pluies faiblissent puis le temps devient variable, nous pouvons mettre l'annexe à l'eau et nous diriger vers les bureaux du port de Horta pour faire nos formalités d'entrée. Sympathiques et compréhensifs, les agents du port nous trouverons même une place le long du quai principal. Une accalmie est attendue pour le lendemain matin, nous en profiterons pour manoeuvrer.



Les jours suivant, nous verrons arriver les bateaux qui étaient encore en mer lors du passage de la dépression... Autant il à été désagréable pour nous d'avoir à courir pendant 5 jours en regardant par dessus notre épaule, autant nous nous félicitions de la stratégie adoptée – même si nous n'avions que peu de choix – en voyant l'état des bateaux et équipages qui arrivaient les uns après les autres à Horta. Nous assistions au spectacle du retour de guerre d'une armée vaincue. Gréements cassés, voiles déchirées ou absente car envolées, perdues dans la tempète, radeaux de survie percutés... 
Le plus impressionnant à été un équipage scandinave à bord d'un monocoque de 60 pieds typé course au large, de beaux bébés pourtant batis comme des vikings aguérris et dans la force de l'age, mais qui sont arrivés épuisés, bléssés, brisés avec un bateaux ayant subit nombres d'avaries de gréement. Puis certains sont arrivés avec des pannes habituellement simples à réparer en temps "normal", mais un groupe d'eau qui claque au début de la tempète et vous n'avez plus d'eau à bord, la vaisselle peut attendre mais se dessaler le visage avant de dormir après son quart n'est pas du luxe et puis ... il faut boire. 
Certains sont restés jusqu'à 5 jours à la cape, immobiles sur l'eau à subi les affres du mauvais temps, etc ... les témoignages sur les pontons avaient de quoi effrayer mais aucun dégat "humain" n'était à déplorer. Seules de belles cicatrices resteront dans les souvenirs nautiques de chacun...



La météo ne nous à pas offert une belle escale, pas au sens touristique du terme, car nous voulions nous promener un peu sur l'île. En effet, les surventes régulières ne nous permettaient pas de nous éloigner du bateau trop longtemps. Nous avons tout de même reussi à arracher un taquet et affaiblir une amarre une nuit un peu plus violente que les autres. Nous avons du trouver des pare-battages supplémentaires pour nous protéger du quai en pierre, un peu trop menaçant... 
En revanche, nous avons eu une escale riche en rencontres et une petite bande s'est rapidement crée avec laquelle nous avons écumé les restaurants de poissons et de viandes grillées de Horta. Le vin açoréen était bon et réchauffait les boyaux un peu tendus par les derniers évenements. L'ivresse en terres lointaines avec des copains de mer à quelque-chose de magique...




Quelques éclaircies nous ont tout de même permis de découvrir cette jolie ville dont l'architecture de certains batiments nous révèle un passé riche en activité. Hélas aujourd'hui le commerce maritime et la pêche se sont sevèrement calmés. En revanche, le faible cout de la vie, la proximité de l'Europe ainsi que les nombreuses randonnées pédestres font survivre cet archipel qui reste à découvrir ...

Un peu à l'extérieur de la ville, un quartier résidentiel à la serénité des îles de pêcheurs...


Vestiges des temps passés, les hotels sont devenus appartements...

Notez les rues pavées et ainsi que les trottoirs décorés propre à la culture portuguaise



Les produits locaux sont parfaits pour faire des approvisionnements ...

Réparation de fortune du taquet arraché ...

lundi 30 mai 2016

Antilles-Açores: vent debout, vents forts et ventre-à-terre ...

Livraison express: Merci Hervé !
Vendredi, jour du départ, 6h debout. 
Nous quittons le mouillage confortable de Ste Anne en diretion du Marin pour faire le plein de gas-oil.
Hervé (ex-TraouMad, maintenant sur Topaze avec sa petite famille) vient nous y saluer et nous apporter un ultime colis qui vient d'arriver de chez Nespresso, nous aurons du café pour cette transat !

Le vent se lève un peu et nous virons la pointe des Salines vers 10h30. Le vent est fidèle à ce que nous attendions et nous faisons route dans le 10.
A 13h, nous nous prenons 1 puis 2 orins de casier dans le safran babord, le bateau s'arrête et se met tout seul en panne. Sandrine se met à l'eau avec masque, tuba et couteau et moins d'une demi-heure plus tard nous repartons. Nous devons, du coup, effectuer une veille attentive aux casiers qui sont tous en dehors des zones autorisées, on se demande après pourquoi il n'y a plus de langouste en Martinique...
17h premier grain, 23 nd de vent pendant 2 heures puis retour au calme.

Nous passerons la Dominique pendant la nuit, ainsi que la majeure partie de la Guadeloupe. Au matin du samedi nos avons une mer hachée qui cogne un peu et rend la navigation peu confortable, nous sommes au bon plein et ne pouvons guère abattre, ni lofer sans perdre beaucoup en cap... Le vent est assez fort, nous sommes sous 1 ris et genois 4/5. L'ambiance est sport mais la pêche est bonne.

Ceci durera 7 jours. Sept jours qui se ressemblerons à +/- 10° de vent et donc de route et +/- 5 noeuds de vent. Nous avançons bien, le reste n'est qu'endurance et patience.

Puis les vents de Nord-Est finiront par adonner... en faiblissant. Le pilote réglé sur la girouette suivra ce changement, quoiqu'au final rien n'ait vraiment changé, nous sommes toujours au bon plein, la mer à suivi le vent, seul notre route s'est orientée ves l'Ouest et, évidemment, notre vitesse à chuté. Ha oui, le temps s'est dégradé, le soleil à quasiment disparu et il commence à faire frais. Nous collectionnons tout de même les dorades meunières, dorade aux pommes sautées et fines herbes, colombo de dorade, dorade au gingembre, champignons noirs et son riz au soja, nouilles sautées ail et dorade, etc etc ...


Nous allons ensuite rentrer dans la phase "énervante" du parcours. En effet, nous avions imaginé une transat au portant par vent faible a modéré et nous avons rencontré un vent très "joueur" qui nous a littéralement tourné autour en variant sa vitesse. Excellent pour l'entrainement aux manoeuvres, mais nous avons passé une semaine complète à régler nos voiles, empanner, virer, border et prendre des ris sans arrêt, pour pouvoir passer les grains succéssifs... Acceptable de jour, ça devient vite lassant la nuit quand il faut manoeuvrer 4 fois au lieu de dormir. Nous aurons même à faire le gros dos avec des vents réels relevés à 52 noeuds lors de passage de grains.. Tout ça pour de pas avancer beaucoup sur notre route car les vents non seulement ne sont pas favorables mais ne sont pas très puissants non plus en dehors des rafales orageuses. Globalement, on se traine ... et le temps est toujours aussi maussade...



Puis la mauvaise nouvelle météo tombe: la dépression que nous observions du coin de l'oeil depuis plusieurs jours va nous passer dessus. Elle est actuellement très au nord-ouest mais arrive très vite et se forme dangereusement. Les prévisions satellites annoncent des vents de l'ordre de 50 à 60 noeuds. Toutes les hypothèses de routes sont étudiées pour échapper à la bête qui grossit chaque jour et qui va s'abattre sur nous. On imagine même de partir en fuite plein sud, plein nord... Mais rien n'est convaincant... Je n'aime pas prendre la cape, je ne sais même pas ce que cela pourrait donner avec un catamaran. L'option choisie est donc de filer comme une balle vers notre destination, la depression, suivant nos calculs, devrait ainsi nous rattraper le jour de notre arrivée. L'idée est simple: faire vitesse max en ligne droite vers l'archipel des Açores - la première ile venue fera l'affaire - puis faire un arrêt au frein à main dans la première planque disponible et attendre une semaine que la depression passe.

Ca tombe bien, les prémisces du mauvais temps font que le vent se lève et s'oriente grand-largue. La mer se forme rapidement dès la première nuit et nous donne la mesure de ce qui nous suit. Cela à le mérite de nous offrir une vitesse moyenne à plus de 9 noeuds avec des pointes de vitesses à 17 noeuds sur de longs surfs. L'ambiance est à la préparation au combat, on range tout le matériel extérieur, on arrime, on sangle, on sécurise. Puis on attend... Il fait froid, le ciel est lourd, noir et chargé. Chaque jour qui passe le vent forcit, mais la grosse claque nous suit toujours et s'approche. Enfin, les Açores apparaissent sur nos écrans...

Nous prendrons la passe entre Faial et Pico

Au petit matin, nous pouvons affiner notre route. La dépression aurait déja du nous rattrapper mais nous n'avons "que" 30 noeuds. Nous décidons donc de passer par le goulet entre les iles de Faial et Pico, puis une fois "dedans" nous aviserons en fonction de l'état de la mer et de l'avancée de la bête si nous tentons une manoeuvre d'entrée dans le port ou si descendons le goulet et allons mouiller derrière une des iles.

Nous avons un autre problème, le brouillard est à couper au couteau et nous ne voyons rien. Les îles sont invisibles, les autres bateaux, voiliers et de pêche, qui rentrent également dare-dare à l'abri ne sont visibles que sur l'electronique. Les feux et phares censés nous confirmer la présence des îles sont absents, nous sommes dans le coton et le vent est monté progressivement à 35noeuds et monte encore... Il ne manquait qu'elle, la pluie s'est invitée à la fête...

Tel un sous-marin, nous avançons en aveugle vers la passe. Arrivés à sa hauteur, la
remontée brusque des fonds génère des vagues plus sévères encore. Les vents sont maintenant à 40 noeuds, la pluie bat son plein, nous entrons dans la passe. La lame est trop "pointue" pour que nous imaginions un 180° bout-au-vent. Nous affalerons donc plein vent arrière, nous sommes à 3 ris, il ne reste donc plus beaucoup de toile en l'air mais 20 minutes de jurons seront nécessaires à cette manoeuvre... Comme quoi, d'avoir du vocabulaire, ça aide !

La nuit est maintenant tombée, travers à la lame, on à demandé à nos moteurs, faibles et cassés, leur maximum pour nous diriger vers la digue de Horta. Des enrochements brisant les lames sont juste sous le vent à quelques encablures seulement et nous entendons la furie des vagues et du vent malgré la pluie et le brouillard. Le démon d'une panne moteur vient nous frôler l'esprit, si cela arrivait dans ces circonstances le bateau serait perdu. Nous ne sommes qu'a 300m du feu rouge de l'extrémité du môle quand nous l'apercevons à travers les batrasses de flotte. A peine sommes nous passés de l'autre coté que la mer se calme. Le vent est toujours présent et ne nous permet pas de communiquer de loin, aussi Sandrine à ses directives pour mouiller l'ancre: dès que je hurle, elle envoie 70m de chaine! Les moteurs (en fait "le" moteur) ne sont pas assez costauds pour remonter le vent aussi, dès que le sondeur à annoncé moins de 10m de fond, on a balancé l'ancre. Sandrine rentre se mettre aussitôt à l'abri, je reste à surveiller que le mouillage tienne bien avant de me détendre.

Nous sommes trempés et transis car l'eau est entrée dans nos vétements de haute-mer hauturier super-goretex super-cher super-Musto mais qui fait passer super-bien l'eau, il en est de même pour nos bottes. Nous sommes comme deux chiens mouillés grelottant sous l'orage... mais rien qu'une bonne douche chaude et une soupe brulante accompagnée d'un coup de rouge ne viennent à bout !


Bilan: 18 jours, 2700 miles nautiques... On avait prévu de la lecture en cas de manque d'action, et bien, on ne s'est pas ennuyé !


vendredi 13 mai 2016

Vendredi 13 ... Lapin, lapin , lapin ...

Dernier coucher de soleil sur Ste Anne ...

Les approvisionnement sont terminés, les travaux de réparations et préparation sont effectués, revisions faites, demain nous faisons les pleins de carburant pour passer les zones de calmes et puis zou ! Nous ferons route au Nord/Nord-Est avec le plus d'Est possible mais les vents dominants seront aussi d'Est alors il y a de grandes chances que la route soit très "nord" juqu'à la latitude des Bermudes, puis on inclinera selon les volontés d'Eole pour tracer vers les Açores, escale technique et touristique ...

Heu, oui on part un vendredi 13, mais cette date porte autant bonheur que malheur alors on prend le bon coté des choses et on se dit que c'est vraiment un coup de chance ! :)


dimanche 24 avril 2016

Transat ... et de 3 !

Nous commençons la préparation pour notre Transat, troisième du nom. Stock de nourriture (peu de choses indispensables nous manquent), gestion des unités Iridium pour la météo, réorganisation de la garde-robe des tenues de navigation, et oui, on remonte vers le nord, on se prépare au froid glacial des été bretons. Et puis, c'est tout ... En effet, le bateau est en mode "navigation hauturière" de façon permanente, seuls quelques ré-ajustements minimes sont donc à effectuer : Nous sommes prêts !

La route est tracée, c'est simple: Antille-Açores (2200 milles), puis Açore-Bretagne (1250 milles).
Nous sommes en surveillance météo. La situation globale est encore trop instable pour une traversée sereine et confortable. Le créneau "habituel" est de Mai à Juin, nous ne sommes qu'en Avril, rien d'étonnant à ce que les conditions ne soient pas encore en place... Donc patience...


En attendant, si localement le vent nous le permet, quelques promenades d'îles en îles ne sont pas à exclurent …  

A la descente c'est la Route du Rhum, à la remontée, c'est la Route du Ricard ...

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Nous ne sommes pas encore partis mais lorsque ce sera le cas, nous serons joignables par satellite, en effet, il est possible de nous envoyer des messages textes et de recevoir nos réponses par mail. 

Comment faire:

1 - Cliquer sur le bouton  "IRIDIUM" de la marge de gauche, cela vous envoie sur une page du site web d'IRIDIUM.
2 - Rentrer notre N° de téléphone (sans espace) : 881631580912
3 - Dans "Reply Email", mettre votre adresse mail si vous souhaitez une réponse. Attention cela diminue le nombre de caractères auxquels vous avez droit, 160 au total (vérifiez le compteur).
4 - Écrire dans la zone "message" - Evitez les accents ( e + accent = 2 ou 3 caractères !) et n'oubliez pas de signer ;)
5 - Cliquer dans la case "Je ne suis pas un robot", sauf si vous êtes un robot ... Et on vous demandera peut-être de le prouver en jouant à un petit jeu rapide ...
6 - Puis cliquer sur "Send Message". Et hop, c'est parti...

Attention, nous traverserons 6 fuseaux horaires, pensez au décalage et au fait que nous serons en navigation, les réponses n'arriverons sans doute pas par retour immédiat ... 


jeudi 21 avril 2016

La Traversée de la Mer des Caraïbes en 81 Jours ...

Tout ça pour ça ...
8h00, le reveil sonne ... La première ouverture du pont est à 9h00. Nous sommes 3ème dans la file
pour passer. On a déja passé ce pont plusieurs fois, mais a chaque fois on se demande s'ils n'ont pas rapproché les piles du pont. Certes il y a 10m de passage, mais nous faisons 7m40 ce qui nous laisse 1m30 de chaque coté... On se concentre un peu et ça passe.

Nous nous dirigeons vers "l'îlet", comme son nom l'indique c'est un îlet situé au milieu du lagon, coté français. Nous jetons l'ancre et 40m de chaîne par 2m de fond, ça tient !

Nous mettrons plusieurs jours à réaliser que nous sommes bel et bien arrivés à la fin de notre " Conquète de l'Est ", les logiciels du bord nous permettent de resortir quelques chiffres :

  • La route théorique directe (orthodromie) était de 1480 milles nautiques.
  • Nous avons parcourus 1850 milles au total – on estime que pour un cata on s'en sort très bien ...
  • Période totale (escales inclues) : 81 jours , dont :
    • Bélize: 14 jours
    • Honduras (Utila et Roatan): 11 jours
    • Caymans : 0 jours, navigation le long des côtes
    • Jamaïque: 4 jours
    • Haïti: 8 jours
    • République Dominicaine ( Aguilas, Béata, Salinas, Saona): 23 jours
    • Porto Rico: 2 heures 30
    • Îles Vierges Américaines: 5 jours
    • Îles Vierges Brittaniques: 1 jour
    • Saint Martin: 1 jour de trajet
    Temps de navigation : 15,5 jours soit 372 heures

  • Vitesses de vent relevées: de 3 à 33 noeuds réels
  • Nombre de prises de ris : incalculable
  • Fuseaux horaires: 2
  • Passagers clandestins: 5
    • 1 chauve souris (pendant 24h)
    • 2 cafards, que nous avons atomisés
    • 2 geckos (Barbabé et Zouzouille) qui sont à bord depuis le Guatemala et nous rendent visite le soir par temps calme .

En jaune, la route directe, droite idéale mais impensable. En gris, notre "vraie" route ...


Nous débarquerons à Marigot pour faire nos formalités, ambiance française partout, ça parle français (de moins en moins à St Martin), les restots sont français, les vins et les fromages sont français, les rues sont dangereuses pour les pietons, les administrations sont fermées entre midi et 14h et samedi-dimanche, les magasins et entreprises ferment aussi à midi ... c'est bien ça! On est en France !
Heureusement que l'île est divisée en 2 et que coté Hollandais, les notions de services sont un peu plus développées. De plus c'est là ou se trouvent les Mecques du matériel nautique (Budget Marine et Island Water World). En effet, nous avons un peu de travail, de réparation et de remplacement de matériel.
  • Remplacement GPS lecteur de carte extérieur qui à cramé à Haïti.
  • Réfection du système d'eau de mer sous pression extérieur.
  • Remplacement et raccordement de l'hydrofore (système pression eau douce)
  • Remplacement de certains cordages.
  • Remplacement d'accastillage défectueux et/ou usés.
  • Refection d'une partie du tableau électrique général – réseau de puissance.
  • Déplacement des taquets-coinceurs du mat vers le cockpit (balancine, drisse génois et spi)
  • Remaniement du piano et amélioration de certains circuit de commande.
  • Réparation valve pression du ballon d'eau chaude et plomberie supplémentaire.
  • Révisions moteurs
  • Remplacement de nos 2 canes à pêches, volées au Honduras.
  • Ajout de taquets d'amarrage et système de fixation de l'annexe pour la navigation.
  • Etanchéité hublots et pare-brises à renforcer.
  • Remplacement de certains luminaires...

Grillades, rosé frais, moutarde Amora et cornichons... Le bonheur...
Voilà... donc un peu de dépenses à prévoir, un peu de boulot à réaliser. Rien en dehors d'une
maintenance normale, c'est juste qu'auparavant nous n'étions pas en mesure de le faire faute de matériel.
A coté de ça, on s'offre quand même un peu de bon temps et de bonnes choses avec du vin rosé, de la charcuterie (pas trop), du fromage (on a trouvé du camenbert Graindorge au lait cru !), des cotelettes d'agneau, des merguez (c'est con comme ça m'a manqué) et des apéros et petites bouffes au Yacht Club coté Hollandais et aux fameux "a-ne-pas-manquer" Lagoonies, ou les salades, grillades et soirées musiques sont remarquables... Donc rythme infernal: travaux, apéros, dodo ...

Apéro, le soir dans la baie de St Martin...

Nouveau traceur au poste de barre... 






jeudi 14 avril 2016

La Conquète de l'Est ... The End ...

La Baie de Charlotte Amalie ...
Cela nous fait plaisir de retrouver Charlotte Amalie, ses petites boutiques, ses petits bars et restos.
C'est propre, c'est beau – rappel: on vient d'Haïti – c'est « civilisé » et c'est marrant mais ça nous fait du bien. La vie est facile, les gens sont gentils et serviables, il fait beau, tout le monde est détendu, il y a des fleurs et les flics se proposent de te renseigner, on se croirait dans une petite ville de Floride. On tente de trouver un GPS-lecteur de carte de remplacement sans succès mais par contre on tombe sur d'appétissants rib-eyes steacks (aussi beaux qu'au Texas) qui trouverons leur place sur le barbeuc le soir même. Le lendemain, un voyage « cargo » au supermarché s'impose, puis nous passerons 2 jours en léche-vitrine et petits restos, c'est agréable et ensoleillé comme un voyage de noces... On en profite, on sait que nous devons bientôt repartir pour 120 milles contre les vents dominants ...

Encore un mardi, nous prendrons la route. Pour ou ? Étrangement on n'en sait trop rien... Les vents sont variables mais en revanche les abris sont nombreux. En effet, nous sommes à l'Ouest d'une « chaîne d'îles » formées par les Îles Vierges Américaines d'abord puis Britanniques ensuite. Cet environnement merveilleux est composé d'îles toutes aussi jolies, différentes et attrayantes les unes que les autres. Nous y avons passés des mois entiers sans tout connaître et nous retrouvons cet endroit avec un plaisir tel qu'on se dit qu'il nous faudra revenir par ici un jour car c'est beau, simplement beau...

Les ruelles entre les anciens entrepôts ré-aménagés du centre ville ...


Le vent est notre ami aujourd'hui et nous accorde un voyage confortable jusqu'à Norman Island la première des Îles Vierges Britanniques. Nous mouillons par 12m de fond de sable, l'eau est limpide, on voit distinctement notre ancre...
L'idée globale est de remonter le chapelet d'îles vierges le plus au nord possible pour ainsi avoir un angle de vent le moins défavorable possible contre les vents d'Est lorsque nous allons rejoindre St Martin. Mais nos plans seront chamboulés car la météo le sera aussi. En effet, lors de l'étude des fichiers grib le soir, une fenêtre de vents nuls est prévue pour le lendemain et ce pour 24h. Nous devons ravaler notre plaisir de retrouver les belles escales des Îles Vierges et profiter de l'absence de vent pour filer plein Est vers St Martin.

C'est beau les lignes droites ...


7h30, départ. En route pour 90 milles au moteur. En dehors des bruits mécaniques, c'est une navigation paisible. Nous ramènerons un joli thon qui se fera manger par une bête plus grosse avant que nous puissions le monter à bord, tant pis, nous mettrons des saucisses sur le bbq. Le dessalinisateur tourne, nous pouvons même nous offrir de laver le bateau du sel qu'il a reçu des paquets de mer de ces dernières navigations sportives. Nous dormons peu, pris par l'excitation de l'arrivée. C'est finalement la fin de notre route vers l'est que nous sommes en train de faire. A 3h du matin nous passons la Falaise des Oiseaux sur la péninsule des Terres Basses. Puis il est 4h15 du matin quand la chaîne de l'ancre se déroule sur les fonds de la Baie de Marigot...

La paisible baie de Charlotte Amalie...



Ça y est, c'est fait, nous avons atteint l'arc antillais … Une nuit courte nous attend car demain, on doit se lever de bonne heure pour passer le pont ouvrant qui nous donnera accès au lagon de St Martin ou nous pourrons être à l'abri et profiter du fait que nous n'avons plus de route vers l'Est à faire contre les vents...

Départ des ïles Vierges Britanniques ...




jeudi 7 avril 2016

Et pour quelques milles vers l'Est de plus ...

Route de collision avec un grain au petit matin ...
Saona est une jolie petite île. Peu peuplée, elle se remplie toutefois tous les jours de 11h à 15h de
« touristes de masse » tout frais débarqués des paquebots et qui déboulent en bateaux de charter ultra-motorisés et viennent, en quelques heures, se remplir de rhum pas cher, de poisson mal cuit et prendre un maximum de coups de soleil sur les plages de sable blanc comme leur peau en arrivant... Le reste du temps, l'île est à nous, seuls 3 voiliers sont au mouillage dont le bolide à 2 coques de nos amis Néerlandais sur Bella Ciao.

Nous patienterons une bonne semaine dans ce décor venté, puis … Miracle, mardi matin le vent disparaît comme prévu (comme quoi ça arrive). Nous pouvons nous mettre en route, on hisse la voile, on démarre les moteurs (enfin un seul), on lève l'ancre et on dégage, les petits déjeuners seront, comme habituellement, pris en mer. On contourne l'île de Saona par le sud puis on fait cap au Sud-Est dans un premier temps pour éviter les récifs de Bajos del Caballo et ainsi bien s'écarter de la pointe extrême sud du pays qui est aussi l'entrée du « passage Mona ». Une petite brise de sud-est se lève, nous pouvons prendre un cap vers l'Est. Cette brise et les courants nous feront faire une sinusoïde mais globalement la route sur le passage s'effectue sans encombre pendant les 24h de cette traversée vers Porto-Rico.



L'effet de pointe à l'approche de Cabo Rojo (le Cap Rouge) nous empoisonne d'une belle refusante, nous devons donc virer puis le vent disparaîtra avec le jour qui se lève. Notre vieillissant mais encore vaillant Volvo prendra le relais pour longer le sud de Porto-Rico. Notre idée est de s’arrêter rapidement à la Marina de Poncé pour faire le plein de fuel et repartir sans faire nos formalités... Nous arriverons effectivement au ponton carburant vers 14h en espérant repartir au plus vite pour conserver le bénéfice de cette fenêtre météo favorable... C'était hélas sans compter sur le désagréable et inutile zèle du responsable de la marina qui interdit au pompiste de nous servir si nous ne faisons pas de déclaration douanière et d'immigration aux autorités. Nous sommes déjà venus à Ponce, il y a 3 ans, les bureaux sont en ville, il faudrait sortir du (grand) complexe de la marina à pied puis trouver un taxi et faire la queue pour de la paperasse inutile dans le sens ou nous quittons le pays aussitôt les papiers d'entrées tamponnés. Je maudis ce vilain personnage empêcheur de tourner en rond mais avant toute choses nous passons un coup de fil aux autorités pour avoir confirmation de l'obligation des formalités. Elles nous le confirment, hélas, mais nous apprennent, heureusement, qu'une équipe est en déplacement à la marina et qu'ils les contactent pour leur demander de passer sur le bateau... Une lueur d'espoir naît... Une voiture de patrouille arrive 3 minutes après avoir raccroché, 2 officiers (une femme et un homme) compréhensifs et courtois – on est aux US – montent à bord et intègrent parfaitement et rapidement notre situation. Les formulaires sont remplis en 4ème vitesse puis tamponnés, nos visas américains permanents sont en règle, nous pouvons faire le plein de diesel et repartir rapidement...

Le ponton carburant de Porto Rico ...


Une brise de terre s'est levée et avec la mer plate, car nous sommes sous le vent de l'île, nous filons 9 nœuds en ligne droite... Nous rêvons et imaginons pouvoir aller ainsi jusqu'aux Iles Vierges Britanniques. Notre rêve durera 50 milles, puis au milieu de la nuit nous arriverons à l'extrémité Est de l'île ou cette jolie brise thermique laissera la place à un fort vent de 23 nœuds établi et de face que nous prendrons comme un boulet de canon. La mer se forme très rapidement et la fin de nuit sera un enfer. Nous tirons des bords à l'efficacité désastreuse. Face à cette météo non-prévue, il est temps de sortir le plan B – oui, il y a toujours un plan B – et faire route sur Vieques, la première île après Porto-Rico. Nous sommes au petit matin et avançons péniblement vers le mouillage du plan B quand de gros grains isolés font leur apparition... Dont un qui croise notre route... On le laisse un peu s'approcher car il a peut-être le temps de se dissoudre avec la chaleur du jour qui se lève. Monsieur gros grain ne se décide pas à se disparaître malgré la proximité de notre abri, nous devons virer aux premières rafales à 27/28 nœuds. La houle est plus « ronde » sur l'autre bord, on débride de 5° et Jingle accélère pour fuir le grain.

Si on continue comme ça, dans 400 milles on est aux Grenadines, c'est joli aussi mais ce n'est pas du tout notre destination. On vire après 20 milles. Les grains sont partis, on peut donc se rapprocher à nouveau de Vieques. Dix milles plus loin, une belle et aussi inattendue qu'inespérée adonnante nous autorisera à gagner en cap et, ainsi, pouvoir passer Vieques par l'Est, de peu, certes car nous ne sommes passés qu'a quelques centaines de mètres des cailloux mais c'est passé. L'adonnante donne encore un peu et se calme et nous poussons ainsi le bouchon d'une vingtaine de milles supplémentaires jusqu'à St Thomas, la plus grande des Îles Vierges Américaines. Ce soir nous allons pouvoir dormir au calme.

Les Îles Vierges ...


Il fait nuit noire quand nous arrivons dans la petite baie de Brewer's Bay, plusieurs bateaux y habitent déjà et l'endroit est bien encombré. Nous entendons à la radio «  Au bateau qui arrive a Brewer's Bay, voulez-vous un radio-guidage pour vous aider à mouiller dans la baie ? » - et après on me demande pourquoi j'apprécie les voyageurs anglo-saxons... - je répond évidemment par l'affirmative et suit le guidage qu'on me propose, l'ancre est plongée, mon nouvel ami d'Ocean Wing et désormais voisin est remercié, il est 20h... Pas trop tard pour un apéro ? Hein ? … Puis une bonne douche chaude, une gamelle bien remplie et au lit !

Il est plus de 10h quand nous émergeons... Nous sommes encore un peu fourbus mais bien reposé. Nous nous sommes aperçus qu'un des bossoirs – les supports de l'arrière du bateau ou est suspendu notre dinghy – avait pris un angle bizarre dans nos cabrioles par mer formée. La journée sera passée à cette réparation. Demain nous partons pour Charlotte-Amalie la capitale de l’île située dans la baie du même nom, c'est mieux protégé et plus facile d'aller à terre...


La bataille vers l'Est s'est poursuivie, nous avons encore gagné quelques 220 milles en en parcourant 267 au total en réduisant notre vitesse à 4,5 nœuds pour gagner en cap. Ce n'est pas fini, mais nous commençons à en voir le bout. Courage !